UN HALL DE GARE
Un hall de gare. Un homme allongé, le pantalon déchiré, la peau à nu, le visage aigri.
Une bouteille de vin pleine dans une main, une cigarette entre les doigts, une pièce à ses pieds.
Une vie par terre, une vie en l’air, une vie à mort.
Des hommes, des femmes passent à côté, surtout pressés. Des enfants passent à côté, surtout choqués.
Dans quelques mois, la mort attendue de cette âme. Ame indifférente à cette vie, hommes indifférents à cette âme.
Indifférence. Chacun sa vie, pour toute âme encore en vie.
Un hall de gare. Une femme debout, sur sa peau une robe rouge, le visage rayonnant, une voix éclatante.
De sa main son doigt pointe vers le ciel, balançant son pied au rythme de ...
Un homme, debout, la peau frissonnant d’émotion, le visage subjugué par ses notes.
Il sentit que c’était Elle. Elle qu’il désirait. Quelques mots de félicitation. Une invitation.
Puis, dans l’intimité d’un canapé, leurs peaux se sont rapprochées, leurs visages se sont intimidés, leurs mains ont frôlé, leurs doigts ont exploré.
Il eut du plaisir à la regarder. Quelques mots de sentiment. Une union pour la vie.
Un hall de gare. Un homme allongé, le pantalon déchiré, la peau à nu, le visage aigri.
Une bouteille de vin entamée dans une main, une cigarette allumée entre les doigts, deux pièces à ses pieds.
Une vie par terre, une vie en l’air, une vie à mort.
Des hommes, des femmes passent à côté, surtout pressés. Des enfants passent à côté, surtout choqués.
Dans quelques semaines, la mort attendue de cette âme. Ame indifférente à cette vie, hommes indifférents à cette âme.
Indifférence. Chacun sa vie, pour toute âme encore en vie.
Un hall de gare. Un homme debout, proprement habillé, la peau du visage rasée.
Un sac de voyage dans sa main, à son doigt une alliance, une marche à pied hésitante.
Entre lui et sa femme, un vide : une carrière contre un enfant.
Contempler ce ventre féminin prendre de l’ampleur. Porter dans ses bras ce nouveau né issu de son sang.
Prendre la main de son enfant. Guider les pas d’un adolescent. Etre grand-père au coin du feu.
Evènements tant attendus par lui, vainement.
Ce soir de Noël, ils étaient deux, femme et mari en ombre. Tout juste quarante ans.
Il lui demanda : " A quand cet enfant ? ". Elle lui répondit : " Je suis trop âgée. "
Il avait fini par vivre dans l’ombre. Souffrir enfermé ou libre, il avait choisi.
Le lendemain, il partit.
Un hall de gare. Un homme allongé, le pantalon déchiré, la peau à nu, le visage aigri.
Une bouteille de vin vide dans une main, un mégot entre les doigts, trois pièces à ses pieds.
Une vie par terre, une vie en l’air, une vie à mort.
Des hommes, des femmes passent à côté, surtout pressés. Des enfants passent à côté, surtout choqués.
Dans quelques heures, la mort attendue de cette âme. Ame indifférente à cette vie, hommes indifférents à cette âme.
Indifférence. Chacun sa vie, pour toute âme encore en vie.
Un hall de gare. Cet homme toujours allongé.
Un enfant s’avance vers lui, il ouvre les yeux, l’enfant lui dit : " tu ressembles à mon papa, il a la même barbe du Père Noël ".
L’homme dit " merci " et il meurt apaisé.
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